[:fr]Montier Festival Photo - Concours 2016 - Autres animaux sauvages de pleine nature[:]

Présentation

Montier Photo Festival

Anne-Marie ETIENNE

  Conférenciers

  Ingénieur de formation, et titulaire d’un Diplôme d’Etudes Approfondies en traitement du signal et de l’image, professeure agrégée de mathématiques, j’ai enseigné en lycée, BTS et école d’ingénieur, après un passage au Laboratoire d’Astronomie Spatiale de Marseille. Une retraite récente me permet de me consacrer pleinement à ma passion pour la photographie. Je me suis toujours intéressée à la prise d’image photographique. Celle-ci allie un support très technique (appareil photo et post-traitement) à une vision créative et artistique. Avec mon mari, nous nous sommes inscrits, il y a quelques années à un club photo, membre de la Fédération Photographique de France (FPF), puis à Images Sans Frontière (ISF). J’ai participé à de nombreux concours, internes à la Fédération, mais aussi internationaux, et les résultats obtenus m’ont permis d’obtenir les distinctions EFPF et EFIAP/Silver, ainsi que le Grand Prix d’Auteur de la FPF 2022. Je suis aujourd’hui Commissaire national Nature Images projetées pour la FPF. Mes photos ont été exposées lors de plusieurs festivals nature comme SpotNature, Chemins de Photos, Egletons Photo Nature, Festival des marais de Vigueirat, Festival de Hauteville-Lompnes, Festival de l’île d’Olonne, Festival de Montier en Der (stand de la FPF et collection Images sans Frontières) … Des photographies, issues de la série « Black Ellies » présentée ici, ont été publiées dans le n° 444 de Chass’images (Numéro de Décembre 2022) : porfolio « D’ ivoire et d’ébène ». Passionnée par la photographie animalière, en particulier la grande faune africaine et par la photographie humaniste, je suis tombée amoureuse de l’Afrique Australe avec ses paysages grandioses, ses populations attachantes, sa culture, et son histoire riche, exaltante, dramatique et paradoxalement, porteuse d’espoir. Depuis plus de dix ans, je photographie, tout particulièrement, les éléphants à qui je dois de grandes émotions et des souvenirs inoubliables.

Conférence

   Dimanche 19 novembre 2023

   10h00 - 12h00

 

    Etrange et tragique destinée que celle des Bushmen, ou plutôt des Sans. Chasseurs-cueilleurs, premiers habitants de l’Afrique Australe, peuple premier s’il en est, ils parlent une langue à clics, popularisée par le film de Jamie Uys, « Les dieux sont tombés sur la tête ». Peu à peu chassés des terres les plus riches et les plus giboyeuses, par les africains de langue Bantoue venus du Nord et de l’Est, puis méthodiquement exterminés par les colons européens essaimant depuis le Cap, ils ont survécu dans le désert du Kalahari. Ailleurs, les seuls souvenirs de la présence des hommes à la peau dorée sont leurs peintures rupestres qui dansent encore sur les parois des grottes et des surplombs rocheux. On les retrouve de l’Afrique du Sud au Botswana, en Namibie et au Zimbabwe. Certaines sont vieilles de plus de dix mille ans.
         Longtemps considérés comme des sous-hommes, ils sont devenus, en quelques décennies, l’archétype du « bon sauvage » de Rousseau, la vivante incarnation d’un lointain passé à jamais disparu.
         Depuis des siècles, les Bushmen ont chassé dans le Kalahari, parcourant ses vastes salins, ses plaines herbeuses et ses dunes de sable orange, un semi-désert splendide mais isolé, tout en étant en contact avec d’autres peuples qui vivaient au sein d’une économie agro-pastorale puis industrielle. Pourtant, ils ont réussi à conserver un mode d’être-au-monde, une culture, une langue en tous points remarquables. Chassés de leurs terres ancestrales, par la création de réserves et l’établissement de fermiers, ils vivent aujourd’hui une sédentarisation contrainte, avec un défi considérable à relever: l’adaptation au monde d’aujourd’hui, tout en conservant leur culture unique au monde.
            Il est important de constater que la marginalisation sociale des Sans est toujours présente et que l’image du « Bon Sauvage », dans ce qu’elle donne à voir de romantique et d’intemporel ne peut constituer, à elle seule, un aperçu de leur culture et de leur société. C’est au Botswana, puis en Namibie, à Epukiro, dans la région d’Omaheke, et à Tsumkwe dans le Nyae Nyae Conservancy, que je suis allée à la rencontre de familles Sans. Lors de mes séjours en Afrique australe, quand la conversation a porté sur les Sans, le discours tenu par les Africains, d’origine européenne ou bantoue, était unanime : « C’est une culture qui se meurt ». Pourtant, chez les Jul/hoan de Tsumkwe, j’ai rencontré des hommes et des femmes, soucieux de préserver un mode de vie et des savoir-faire, tout en faisant de leur mieux pour s’adapter au monde d’aujourd’hui. Les enfants sont scolarisés, mais l’accent est mis, aussi, sur la culture ancestrale, car ils sont bien conscients de l’importance des racines, pour construire un futur harmonieux.
         Pendant des millénaires, ils ont préservé un mode unique d’être-au-monde, vivant au sein de la nature, un mode de vie qui nous interpelle, mais les interroge aussi. Ils ont tant à nous apprendre, si nous acceptons de déconstruire nos certitudes et d’oublier notre réussite technologique dont les limites deviennent, jour après jour, année après année, degré Celsius après degré Celsius, plus évidentes. Prenons le temps de les comprendre, et surtout, laissons aux Sans, le temps de trouver leur place dans le sein de nos sociétés du XXIème siècle !