
Le jury
Président du jury 2025 :
Neil VILLARD, Photographe
Membres du jury :
Gilles AUROUX, Photographe
Jean Michel LENOIR, Photographe
Lionel MONTICO, Photographe
Marc TISSEAU, Photographe
Les chiffres
2 tranches d’âges : – de 16 ans et + de 16 ans pour 10 catégories
Nombre de photographes inscrits : 2 209
Nombre total de photos téléchargées sur la plateforme : 17 574
84 Vidéos
67 nationalités
Nombre de photos et vidéos présélectionnées : 4 318
Le mot du Jury
Aujourd’hui, nous voyons défiler des milliers d’images, en particulier sur les réseaux sociaux. Nous en consommons tellement que nous n’en retenons plus la moitié. C’est une avalanche qui nous ensevelit. Dans ce flux continu, nous finissons par oublier l’essentiel : le temps, la patience, le travail qu’il a fallu pour réaliser chacune de ces images. Les heures dehors, l’attente, la météo, parfois même l’épuisement, tout ce qui précède le déclenchement.
C’est un engrenage qui dévalorise la photographie elle-même et qui la dépersonnalise. À force de défiler à toute vitesse, les images perdent de leur poids, comme si elles n’étaient plus que de simples pixels sur un écran. Or chaque photographie devrait être reçue comme un témoignage, une histoire, un fragment d’instant qui ne se répétera jamais. À chaque fois que nous regardons une image, nous devrions nous souvenir de ce qu’elle représente réellement et non pas seulement comme une production de plus dans un flot sans fin d’information numérique.
Les délibérations se sont tenues sous le soleil battant de l’été, ce qui a rendu l’expérience encore plus singulière. À première vue, on aurait presque cru à des vacances, ou à un week-end entre amis. Mais derrière cette atmosphère détendue, le travail a été intense. Cette dualité a marqué tout le processus : la rigueur d’un côté, l’ambiance humaine et chaleureuse de l’autre. C’est ce mélange qui nous a permis d’aller plus loin ensemble. Nous avons appris à nous connaître, à nous écouter. Chacun a su et pu défendre ses coups de cœur, mais aussi reconnaître la valeur des arguments des autres. Parfois, cela a conduit à porter collectivement une image en avant, parce qu’elle incarnait quelque chose de plus fort que nos sensibilités individuelles.
« Visionner 17 500 images, c’est un peu comme traverser un océan sans perdre le nord… Ni la rétine. Un vrai marathon visuel, entre émerveillement, perplexité et parfois l’envie d’un bon café bien serré. » Lionel Montico
Tout au long de cette expérience, une question nous a accompagnés : celle de l’éthique en photographie. Elle paraît simple, mais elle est en réalité complexe. Où et comment une photo a-t-elle été réalisée ? Dans quelle mesure respecte-t-elle le sujet, que ce soit un animal ou un écosystème entier ? Portée par chacun de nous, cette exigence a traversé toutes nos délibérations et donné sens je l’espère au palmarès que nous avons choisi.
De manière globale encore trop souvent, nous voyons les mêmes espèces photographiées toujours dans les mêmes spots avec seulement quelques variations de cadrages. Une uniformisation qui finit trop souvent par étouffer l’inspiration. Pourtant, au milieu de ce constat, une respiration apparaît. Elle vient de la jeune génération, qui bouscule les codes. Moins contrainte par les circuits classiques, elle invente d’autres façons d’approcher le monde naturel, avec ses outils, sa créativité, son regard neuf. Leurs images nous ont surpris par leur force et leur singularité, et se sont révélées dignes de celles de leurs aînés. Elles sont l’horizon prometteur que la photographie de nature saura se réinventer, en restant fidèle à l’essentiel : une rencontre honnête, respectueuse et sensible avec le vivant.
« Les plus belles images ne saisissent pas seulement l’animal, mais aussi son environnement, pour transmettre la poésie d’un instant fugace, parfois presque intime. » Gilles Auroux
Mais les plus aguerris ne nous ont pas déçus non plus. Certes, certaines images manquaient d’originalité, mais la qualité des séries finalistes a rendu les délibérations particulièrement difficiles. Quelques catégories nous ont semblé plus faibles, notamment le paysage, trop souvent convenu ou forcé. Mais ailleurs, le niveau était exceptionnel. La catégorie Mammifères a été celle qui m’a le plus touché, au vu de mon parcours et de mes propres engagements. J’y ai vu des images puissantes, capables de transmettre à la fois la grandeur et la fragilité d’une nature qui s’essouffle. Mais j’ai aussi été bluffé par d’autres surprises, comme la photographie primée dans la catégorie Oiseaux, qui m’a impressionné par sa créativité, son intensité et l’émotion immédiate qu’elle a générée. La catégorie L’Homme et la Nature nous a également profondément marqués : des images d’une force rare, d’une cohérence forte inhérente à la catégorie. Des images qui parlaient d’elles-mêmes et qui ont rendu la délibération extrêmement difficile.
« Le palmarès de cette année se distingue par sa diversité, tant dans les sujets abordés que dans les localisations ou les approches photographiques – un reflet fidèle de la photographie de nature telle qu’elle se pratique aujourd’hui. » Marc Tisseau
Un autre constat, partagé par tous, a été le rôle du post-traitement. Trop souvent, il dénature plus qu’il ne sublime ou n’harmonise. Certaines photos ont même dû être écartées pour cette raison. Par curiosité, nous avons parfois regardé les versions brutes, et le constat était clair : elles étaient bien plus fortes que les versions retravaillées. C’est dommage. Comme si aujourd’hui, une photo ne pouvait pas exister telle qu’elle est, comme si elle devait forcément passer sous les filtres et les curseurs. Pourtant, c’est justement là que réside sa puissance : dans son authenticité.
« En photographie de nature et notamment pour les paysages, les images les plus fortes se distinguent par l’émotion qu’elles dégagent.
Leur beauté ne repose pas sur la qualité du post-traitement, mais sur la capacité de leur auteur à saisir l’instant et à raconter une histoire singulière ».
Jean-Michel Lenoir
Au final, ce qui compte vraiment, bien au-delà de la technique, c’est l’émotion. Beaucoup d’images étaient impeccables techniquement. Mais la technique seule ne suffit pas. Avant de juger une image sur son cadrage ou sa netteté, je la laisse parler à mon cœur. Si elle déclenche une émotion, elle a déjà accompli l’essentiel.
Pour conclure, si je doute souvent que la photographie, à elle seule, suffise à protéger la nature, je reste convaincu qu’elle peut encore éveiller, surprendre et transmettre. À condition de rester fidèle à ce que nous vivons dehors, sur le terrain. Je crois profondément que la photographie animalière a encore de beaux jours devant elle, tant qu’elle reste un langage sincère et respectueux. Nous en sommes les seuls garants, et c’est à nous qu’il appartient de choisir si elle est une simple virtuosité technique ou également un véritable outil de lien avec le vivant.
Je tiens à remercier chaleureusement le Festival de Montier-en-Der de m’avoir donné l’opportunité de participer à cette expérience unique, et d’avoir eu l’honneur d’assumer la présidence de ce jury. Je remercie également les autres membres : nos échanges, nos débats, mais surtout les liens humains créés au fil de ces journées resteront pour moi un souvenir précieux. Enfin, je félicite tous les lauréats et tous les participants, et j’encourage tout particulièrement les plus jeunes à oser surprendre, à inventer d’autres regards, à proposer des images différentes de ce que l’on a trop souvent l’habitude de voir.
Neil Villard,
et les membres du jury, Gilles Auroux, Jean-Michel Lenoir, Lionel Montico, Marc Tisseau.