Mesures Sanitaires pour le Festival 2021

[:fr]Montier Festival Photo - Concours 2016 - Autres animaux sauvages de pleine nature[:]

Biographie

Montier Photo Festival

Gilles BOEUF - Biodiversité et pandémies

  Parrains - Invités

  

Gilles BOEUF, Sorbonne Université, Paris ; Laboratoire Arago, Banyuls-sur-mer,

Professeur invité au Collège de France, Ancien président du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris

Colloque, 30 ans  de l’AFPA, Bordeaux, 13 novembre 2020

Gilles BOEUF ne sera pas présent physiquement au festival cette année, retenu par ses obligations d'élu. Il a cependant tenu à maintenir son parrainage sur cette édition "Biodiversité" et il partage avec nous cette réflexion. Bonne lecture !

 

Exposition

 

« En décembre 2019, une pneumonie d’origine alors inconnue touchant 59 personnes a été signalée dans la ville chinoise de Wuhan, dans la province du Hubei. Il a depuis été établi que cette maladie émergente, devenue depuis une pandémie, était due à un Coronavirus (Sars-CoV-2). Elle a été dénommée Coronavirus disease 2019 ou Covid-19. Ce virus s'est répandu avec une vélocité effarante sur toute la planète. Ce qui n'aurait pas dû se produire s'est produit, ce qui n'aurait pas dû dépasser un petit impact très localisé s'est diffusé dans le monde entier en quelques semaines ». Nous écrivions ces lignes le 12 mai 2020, dans un article rédigé pour le Journal La Tribune.

L’origine de ce virus, et son caractère infectieux aigu nous le démontre, est certainement récente, quelque part durant le second semestre de 2019 dans cette province chinoise. Notre immunité « naturelle » n’y était pas préparée. Ceci est très réel pour l’Europe et l’Amérique, probablement moins pour les humains en Asie et en Afrique. De très intéressantes observations d’immunités croisées ont été mises en évidence dans un papier récent publié dans Nature, qui pourraient expliquer les survies supérieures, face au virus, dans ces régions du monde. Les diverses épidémies virales survenues depuis quelques dizaines d’années en Asie auraient permis le développement d’immunités spécifiques et croisées. Quels sont les liens entre l’occurrence de cette pandémie et les activités humaines, comme l’accélération du changement climatique ou l’effondrement de la biodiversité ? Pour le climat, il n’y en a pas directement : il nous faut incriminer la promiscuité d’espèces d’animaux vivants stabulés dans des conditions innommables sur les marchés chinois, ainsi  que le nombre (plus de 100 000 avant mars 2020  !) effrayant de vols sur la Terre tous les jours et qui contribuent pour 3,5 % à l’accélération du changement et au réchauffement de la planète. La chute de la biodiversité et l’effondrement du vivant sont encore précisés dans le dernier rapport du WWF « Indice planète vivante » de septembre 2020, après le rapport de l’IPBES produit le 7 mai 2019, suite à la réunion à l’UNESCO à Paris de fin avril-début mai 2019. La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine -et le taux d’extinction (ou plutôt du nombre des individus dans les populations sauvages) des espèces s’accélère- provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier. La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier. C’est tout l’intérêt du programme « One Health » des Nations Unies. Une seule espèce est responsable de la pandémie de Covid-19 : la nôtre. Comme pour les crises climatiques et de la biodiversité, les récentes pandémies sont une conséquence directe de l’activité humaine, en particulier nos systèmes financiers et économiques mondiaux, basés sur un paradigme limité qui valorise la croissance économique à tout prix. A quand la suppression de ces marchés d’animaux vivants dans des conditions immondes en Asie, l’arrêt de l’extirpation effrénée d’arbres et d’animaux dans tous les écosystèmes du monde y compris les forêts tropicales, la fin des seuils de renouvelabilité du vivant sur terre et en mer bafoués en permanence et systématiquement franchis, la fin du gaspillage et de la souillure perpétuelle de l’eau, la fin de la « roulette écologique » consistant à transporter tout partout et à déclencher les explosions d’espèces invasives et ces disséminations anarchiques de pathogènes de tous ordres, virus et bactéries ou autres micro-organismes, responsables de ces pandémies et de tant de souffrance ? Si le « dialogue » entre les éléments de notre microbiote avec nos cellules humaines se dérègle ce sont de graves pathologies, obésité, diabète de type 2, hypertension artérielle, souvent associées à un manque d’exercice physique et à la « malbouffe ». Et tout ceci remplit les conditions, avec l’âge, pour justement devenir la cible préférée de notre Covid-19 ! Le virus se reproduit de nos fragilités…

En conclusion,  le monde vivant est vieux de près de  4 000 millions d'années, il s'est formé à partir de ces premières cellules apparues dans l'océan ancestral, il a subi les pires crises imaginables et s'en est toujours sorti ; pour cela, il a dû en permanence s'adapter à des conditions extérieures changeantes. Mais pour s'adapter, il faut impérativement changer, ce que nous ne faisons toujours pas ! Quand cesserons-nous cette « myopie du désastre » ? Trop de consumérisme, pas assez de sobriété : rappelons-le nous en permanence, nous sommes fondamentalement eau, sels et cellules ! Inspirons-nous du vivant, qui accomplit tout avec une grande parcimonie d’énergie, qui ne s’auto-empoisonne jamais (il produit de redoutables substances mais sait les dégrader et a toujours un « acheteur » pour ses déchets), qui innove en permanence et pour tous. Nous avons besoin de la biodiversité pour survivre. Nous ne mangeons que cela et ne coopérons qu’avec cela ! Puisse un petit virus, composé de seulement quinze gènes, provoquer l'électrochoc collectif salutaire dont nous avons tant besoin...

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