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[:fr]Montier Festival Photo - Concours 2016 - Autres animaux sauvages de pleine nature[:]

Biographie

Montier Photo Festival

Roland & Sabrina MICHAUD, présentés par akg-images

  Parrains - Invités

  

Roland MICHAUD est né en 1930 à Clermont Ferrand et Sabrina MICHAUD en 1938 à Rabat au Maroc.

Dès le début des années 50 Roland a la passion du voyage et, avec le vélo de randonnée que ses parents lui ont offert pour l’obtention de son baccalauréat, il entreprend un périple de 85 jours en Europe du Nord qui le conduira jusqu’en Laponie. Il en rapporte ses premières photographies en noir et blanc avec un appareil Kodak à soufflet de 1894 ayant appartenu à son grand père Voyage et photographie sont étroitement associés dès le début.

Après un séjour d’études en Angleterre, il entreprend en 1955, avec son frère cadet Jean Claude, un tour du Moyen Orient en auto stop, où Roland prend ses premières photos couleurs. Les deux jeunes voyageurs racontent leur aventure dans un récit resté inédit École buissonnière en Perse.

En 1956, Roland effectue son service militaire au Maroc où il se passionne pour la civilisation musulmane et où il fait la rencontre de sa vie, Sabrina, jeune étudiante marocaine qu’il aborde en lui demandant ingénument « Mademoiselle, aimez vous les voyages ? ». Roland et Sabrina se marient en 1958. C’est non seulement le début d’une histoire de couple, mais aussi d’une histoire de voyages au long cours, où chacun complète l’autre, où chacun photographie au point qu’il n’est plus possible de distinguer lequel des deux a pris telle ou telle photographie. Cette symbiose humaine et artistique est unique dans toute l’histoire de la photographie.

Roland et Sabrina s’installent ensuite à Paris où Roland enseigne l’anglais au lycée Janson de Sailly, mais leur désir de voyager est trop fort et en lisant Les Mille et Une Nuits, ils rêvent d’une existence plus colorée et plus lumineuse.

De 1960 à 1962 le couple MICHAUD parcourt, dans une 2 cv Citroën baptisée Zafric, l’Afrique orientale, leur travail photographique est récompensé pour sa qualité par le prix Citroën 1962. En 1964, au volant d’un véhicule 4 x 4 autrichien, Zasie, ils mettent le cap sur l’Orient et passent quatre ans et demi entre Paris et Singapour sans rentrer en France, pour découvrir que prendre son temps est le secret d’un reportage réussi. Cela devient pour eux un art de vivre.

En 1969 naît leur fils Romain qui, dès l’âge de 4 ans, les accompagne en Asie. Cette année là, ils publient leur premier livre sur l’Afghanistan, véritable choc esthétique et éditorial puisqu’il révèle la beauté d’un pays méconnu du public occidental.

Au cours de l’hiver 1970 -1971 c’est la réalisation de leur grand reportage, celui qui a marqué des générations de photographes voyageurs une expédition à travers les immensités montagneuses et glacées du Pamir afghan où Roland et Sabrina partagent avec les Kirghizes la rude vie d’une caravane de chameaux, se déplaçant sur les rivières gelées à 4 000 m d’altitude. Ce mythique reportage paraît dans le National Geographic américain en 1972 sous le titre « Caravane d’hiver sur le toit du monde ».

En 1977 les éditions du Chêne publient « Caravanes de Tartarie » dont le tirage atteint les 100 000 exemplaires. C’est la consécration. Dès lors, avec lenteur et rigueur, le couple se consacre aux civilisations de l’Islam, de l’Inde et de la Chine. Les MICHAUD poursuivent inlassablement une quête de beauté, de sagesse et d’absolu consacrée à la permanence de l’essence des choses à travers les civilisations, en photographiant des miroirs photographies de scènes de vie et miniatures, ou peintures se font écho et se répondent à des siècles de distance. Restés fidèles à la photographie argentique et toujours en activité, vivant sans ordinateur, ni téléphone portable, ils poursuivent leur travail photographique. Parmi leurs derniers ouvrages publiés, citons « L'Asie des Tartares » aux Éditions Gallimard en 2011 leur monographie aux Editions de La Martinière « Voyage en quête de lumière » en 2015 une nouvelle édition de leur « Inde dans un Miroir » aux Editions Hozhoni en 2016.

En novembre 2019 ils publient pour la première fois le récit de leur mythique expédition dans le pamir afghan « La Dernière Caravane » aux Editions Nevicata. Enfin, ils publient leur ouvrage testament, « La Mousson » aux Editions Paulsen en octobre 2020 que malheureusement Roland ne pu voir paraître puisqu’il nous a quittés le 26 mai 2020.

Exposition

 

Septembre1961.

Sabrina et moi fourbissons nos premières armes de photographes en Éthiopie, à bord d’une modeste 2CV Citroën. À Addis Abeba, je découvre un magnifique reportage sur la mousson en Inde. Les photographies du Néo-Zélandais Brian BRAKE m’enthousiasment au point de m’exclamer : «Voilà ce que j’aimerais faire !». Clin d’œil du destin, ce numéro de Paris Match est daté du 23 septembre, jour de mon anniversaire.

J’ai trente et un ans. Je ne le sais pas encore, mais je vais moi aussi m’y mouiller, à cette fameuse mousson. Découvrir ce que c’est que d’espérer sa venue comme un poisson qui manque d’air, mêler ma sueur à son eau, en sortir exsangue avec de maigres moissons et me promettre d’y retourner pour faire mieux «la prochaine fois».

Soixante ans plus tard, devenus en quelque sorte des vétérans, nous sommes toujours amoureux de l’Orient, toujours et encore amoureux l’un de l’autre–et continuons de fréquenter l’Inde, un pays  promis à Sabrina dès le premier jour d’une vie de voyages et d’aventures, d’une vie si riche et gratifiante qu’aujourd’hui encore, alors que je suis au crépuscule de mon passage dans le monde, je rends grâce pour tout ce qu’il m’a été donné de voir, pour toutes ces choses merveilleuses dont j’ai tenté d’être le témoin fidèle.

Ainsi, nous avons fréquenté l’Inde. Nous nous sommes rincés l’œil à ses couleurs, brûlé le palais à ses épices. Voyage après voyage, nous l’avons apprivoisée, elle nous est devenue familière.

Elle nous a ouvert les bras. Nous l’avons embrassée. Elle nous a débarrassés de nos œillères. Elle nous a décrassés de notre ignorance.

La mousson, c’est une difficulté supplémentaire ! Au départ, on l’évite, on la fuit… Elle complique trop la vie du voyageur – pour ne pas parler de celle du photographe, qui passe son temps à désembuer ses objectifs…Pendant trois décennies, nous avons évité de nous déplacer en Inde à cette période de l’année. Dès que la touffeur de la pré mousson se faisait sentir, nous abandonnions la plaine indo-gangétique pour nous réfugier au Cachemire – ou bien nous quittions le pays pour rejoindre des régions plus clémentes.

Et puis un jour, d’une manière qui vous échappe, vous êtes «mûr»: la mousson devient la clé qui vous ouvre la porte à la compréhension de l’Inde. Elle devient incontournable, vous ne pouvez plus passer outre ! Il faut vouloir connaître l’autre, accepter les travers de la rencontre : cet air saturé d’eau, les moustiques, les sangsues… On se dit qu’avec de pareils déluges, la vie s’arrête. Eh bien non : la vie continue…L’Inde est intrinsèquement violente. Elle est faite d’extrêmes: les Indiens sont trop passifs ou trop violents. Le paradoxe de la mousson est qu’il est à la fois un «pas assez de pluie » et un «trop de pluie», une fécondation et une destruction, un espoir et un désespoir… À bien y regarder, on réalise que la personnalité des Indiens est indissociable de ce phénomène climatique qui rythme la vie du pays.

Le terme «mousson» vient de l’arabemawsim, qui signifie «saison». Il désigne un système de vents alternatifs soufflant pendant les six mois d’été de la terre vers la mer et inversement pendant les six autres mois. En gonflant les voiles des navires venus d’Arabie, ce vent permettait aux marins d’atteindre la côte occidentale de l’Inde – cette côte luxuriante, qu’on nomme côte de Malabarou «des épices»–puis des en retourner chez eux avec la renverse du vent. Indiens et Arabes se livraient ainsi à un fructueux négoce. En 1966, il existait encore à Bombay (aujourd’hui Mumbai) un port de «boutres» (dhow) que nous avons eu la chance de photographier avant qu’ils n’appartiennent à un passé révolu. Le moteur a beau avoir remplacé la voile et les boutres, avoir presque complètement disparu, le phénomène climatique perdure et continue à faire rêver d’aventures et de fortunes fabuleuses.

La saison où l’on navigue évoque irrésistiblement la figure de Sindbadle MARIN, personnage mythique des Mille et Une Nuits, connu pour les sept voyages extraordinaires qu’il accomplit et dont il est écrit, dans la 291 e nuit, que chacun d’eux «est à lui seul, chose prodigieuse, que d’y penser seulement, on reste interdit et à la limite de toutes les stupéfactions». Dans la 313 e nuit, Sindbad précise :« Je m’appelle Sindbadle MARIN, on me nomme ainsi à cause de mes grands voyages sur mer et des choses extraordinaires qui m’arrivèrent et qui , si elles étaient écrites avec les aiguilles sur le coin de l’oeil, serviraient de leçons au lecteur attentif.» Bien que mes voyages aient été exclusivement terrestres, je m’autorise à paraphraser Sindbad:

«On m’appelle Roland le Voyageur à cause des grands voyages qui me conduisirent jusqu’à la Muraille de Chine et la Mongolie entre 1965 et 2015.»

Entre 2001 et 2015, j’ai vécu sept moussons en Inde. Aujourd’hui, on me dit que j’ai tiré sur la corde, que ces voyages sont sans doute à l’origine de l’insuffisance rénale chronique qui met un terme définitif à mes pérégrinations. Sept moussons! Non seulement ce chiffre me relie à Sindbad et aux Mille et Une Nuits, mais c’est encore le chiffre de la plénitude et de l’achèvement. Imposé par un destin qui m’échappe, il se doit d’être accepté, comme on accepte la vie. Il n’y aura pas – il n’y aura jamais – de huitième mousson pour moi…

Après chaque grand voyage, Sindbad en avait tellement «bavé» qu’il hésitait à repartir et je constate en relisant mes notes qu’après chacune de mes moussons, épuisé par les épreuves subies et de plus en plus handicapé par l’arrivée du grand âge, je n’avais plus autant envie de repartir. Je croyais en avoir fini avec le démon du voyage. Pourtant, j’y suis retourné sept fois, porté parce que les soufis nomment le tawakkul : la confiance en Dieu. Comme l’écrivait le lazariste Évariste-Régis HUC,  dans ses souvenirs de missionnaire d’un voyage au Tibet (1844-1846), j’étais sûr que « quand Dieu garde un homme, croyez-moi, il est bien gardé».

En même temps qu’elle est attendue comme une indispensable fécondation, la mousson engendre la désespérance. Des précipitations diluviennes inondent la terre et brouillent la vue, les glissements de terrain se multiplient, les chemins détrempés disparaissent sous des coulées de boue, les gués deviennent dangereux ou même impraticables quand les rivières débordent…

C’est le temps des fièvres, des égratignures qui s’infectent, des mycoses et des démangeaisons. Les insectes prolifèrent, les moustiques vous harcèlent, les sangsues pullulent, les morsures de serpents sont fréquentes, le spectre des épidémies est omniprésent : paludisme, choléra, peste, typhus.

À leur arrivée en Inde, les Anglais remarquèrent que pendant les quatre mois où sévit la mousson–juin, juillet, août et septembre –, le nombre de décès parmi les Européens augmentait considérablement. Ce fait fut assez marquant pour qu’ils en tirent le proverbe «Two monsoons are the age of a man» ,«Deux moussons déterminent l’âge d’un homme».

En 1690, Bombay comptait 800 Européens parmi ses habitants. Une centaine seulement survécut à la mousson de 1692. À Calcutta, entre août et décembre 1833 sur 1200 Occidentaux, 400 moururent de fièvres. L’Inde était considérée comme la tombe de l’homme blanc. Malgré la perspective de faire fortune, un autre dicton avait cours : « Le royaume du Bengale a cent portes d’entrée, mais aucune de sortie. » Calcutta était surnommée «Golgotha» par les marins et, dans son journal intime, l’Anglaise lady FROST écrivait au début du 19 e siècle : «Ici les gens meurent un jour et sont enterrés le lendemain. Leurs meubles sont vendus le troisième jour et le quatrième jour, ils sont oubliés.»

Sous l’angle photographique, la difficulté rencontrée est du même ordre que d’allumer une allumette sous l’eau ! Aux cieux chauffés à blanc et à l’accablante torpeur de l’avant-mousson succède l’explosion des orages : les lumières de la saison sont ingrates, tour à tour trop crues ou insuffisantes. Lorsque l’eau se déverse enfin, elle ne tarit plus, s’infiltre partout. Les vêtements humides à demeure prennent une drôle d’odeur, les moisissures s’ensuivent, la buée s’installe durablement sur les objectifs et les parapluies rendent l’âme…

Les déluges que nous connûmes furent à la hauteur de leur réputation – nous nous sommes passablement mouillés pour le savoir. D’un autre côté, qui fuit les pluies de l’Inde ne goûtera jamais ses mangues les plus savoureuses.

Roland & Sabrina MICHAUD

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